Le saviez-vous du 01/12/2025 – Émotions, pensez à les exprimer !

Pour éviter qu’un sentiment de tristesse ou de colère ne dégénère en mal-être profond, ayez le bon réflexe de reformuler votre ressenti, que ce soit en en parlant ou en l’écrivant dans un journal.


Lorsque vous êtes envahi par la colère, la peur ou la tristesse, vous avez parfois l’impression d’être en ébullition. L’intensité de ces émotions peut donner l’impression qu’elles s’accumulent en nous comme de la vapeur dans une cocotte-minute, jusqu’à ce que la pression devienne insupportable et menace d’exploser.

C’est cette théorie hydraulique des émotions qui a inspiré, au XIXᵉ siècle, le procédé cathartique proposé par Sigmund Freud et le psychiatre autrichien Josef Breuer : en « déchargeant » une émotion retenue, on espérait s’en libérer, comme on libère la pression dans un circuit trop plein. Dans cette logique, il faudrait absolument « ouvrir la soupape » pour éviter l’implosion.

Cette image est séduisante… mais elle est trompeuse. Une émotion n’est pas comme de la vapeur sous pression qu’il faudrait laisser échapper. C’est une réaction corporelle et mentale. Un signal précieux qui peut être régulé, apaisé, ou au contraire amplifié selon la manière dont nous y répondons.

Imaginez la prochaine fois que vous êtes en colère. Vous êtes au volant, détendu, quand soudain une voiture vous coupe la route. La rage monte : votre cœur s’accélère, votre respiration se bloque. Vous agrippez le volant.

Deux options s’offrent à vous.

Exploser : klaxonner, crier, insulter le conducteur et tenter de lui rendre la pareille. Cela vous fait du bien… mais votre cœur reste en surrégime, votre tension grimpe et la situation peut dégénérer.

Ou alors, changer de perspective : vous dire que ce conducteur a peut-être une urgence médicale, ou qu’il était simplement distrait et n’a pas fait ça intentionnellement pour vous provoquer ! Du même coup, votre colère retombe, votre rythme cardiaque s’apaise. Et, bonus : les passagers de votre voiture survivent à la scène. Aucun doute là-dessus : c’est la deuxième option qui protégera le mieux votre santé… et votre entourage.

Dire ce qu’on a sur le cœur

Intuitivement, il semble toutefois important d’exprimer ce qu’on ressent. On parle d’ailleurs de « vider son sac », comme si les émotions négatives devaient être expulsées pour ne pas nous intoxiquer. Qu’en est-il réellement ?

Alexandra Tyra, psychologue au département de psychologie et neuroscience de l’université Baylor, a rassemblé 24 études sur la suppression émotionnelle – le fait de se retenir volontairement de montrer ce qu’on éprouve. Un point central en ressort : dans les expériences où les participants devaient rester impassibles face à des vidéos stressantes, leur corps réagissait très fortement : tension artérielle en hausse, cœur qui s’emballe, élévation du cortisol. À long terme, ce type de réponse, répété jour après jour, fragilise le système cardiovasculaire et augmente le risque d’hypertension et de maladies cardiaques.

En d’autres termes, si exploser n’est pas la solution, supprimer les manifestations de ses émotions ne les fait pas disparaître, car c’est alors le corps qui en paie le prix.

Écrire pour mieux métaboliser ses émotions.

Pour autant, exprimer ses émotions n’implique pas de se laisser emporter par elles, tout dire, tout le temps, et à tout le monde. Il existe une différence de taille entre ressasser, c’est-à-dire tourner en boucle sur le problème et l’amplifier, et l’exposer de façon constructive, claire, posée, pour mieux se comprendre et parfois changer de perspective.

Dans ses recherches pionnières, James Pennebaker, professeur émérite à l’université du Texas à Austin, a établi que le simple fait d’écrire sur ses expériences émotionnelles pouvait avoir des effets remarquables : réduction du stress, meilleure immunité, et également baisse du nombre de consultations médicales. Le principe est simple : écrire librement ce qu’on ressent, quelques minutes par jour, sans se soucier du style ou de la forme.

Ce qui agit sur l’émotion, ce n’est donc pas un mécanisme de décharge, mais la prise de conscience et le processus de mise en mots : nommer ce que l’on éprouve, écrire ou parler dans un cadre apaisé permet de donner du sens à ce que l’on vit, de structurer ses pensées et de réduire l’impact physiologique des affects. La psychologie a fait du chemin depuis la théorie hydraulique des émotions.

NATHALIE RAPOPOR-THUBSCHMAN  directrice de l’Institut de médecine corps-esprit à Paris, médecin et psychothérapeute.

 

Comment exprimer efficacement ses émotions ?

Un exercice simple dès qu’on se sent envahi par une émotion :

  1. Prendre un instant pour se demander quel ressenti nous traverse ;
  2. Se demander comment lui donner une expression adaptée ;
  3. Voir s’il est possible de reconsidérer la situation. La personne qui a dit quelque chose qui me fait sortir de mes gonds l’a-t-elle fait exprès ? Ai-je bien interprété ses paroles ? Quelle est sa motivation ?
  4. Le cas échéant, expliquer calmement pourquoi on se sent contrarié ;
  5. Si ce n’est pas possible, revenir le soir sur l’épisode et coucher sur le papier les pensées, regrets ou rancœurs que cela provoque en nous.
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